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Absolute – N°1

Absolute – Nouvelle numéro 1 – Version 2 2017
OmegaPf

Liz courait à en perdre haleine dans la rue du père Colette, une bouteille de Vodka à la main et une enveloppe dans l’autre. Des gouttes de sueur perlaient sur son front, mais n’enlevaient en rien sa grande beauté. C’était une magnifique chinoise au corps svelte mais très athlétique. Elle portait une jupe noire qui s’arrêtait mi-cuisses et un haut rouge qui épousait amoureusement son corps.

Elle s’empressait de rejoindre Matt, qui l’attendait dans sa RAV 4, alors que le soleil quittait l’horizon pour laisser place à sa petite sœur la lune.
Après avoir tourné, à l’angle de la rue, elle le vit enfin, son bel éphèbe, accoudé sur la portière côté conducteur en train de griller une cigarette. Il portait une chemise bleue, les yeux perdus au loin, les cheveux noirs comme la nuit.

Elle s’approcha discrètement de la portière et le surprit d’un langoureux baiser, semblable à celui qu’on offre à un marin qui revient d’une mission de 6 mois en mer.

-Tu as dit quoi à Blaise ? interrogea Matt.
-Je lui ai dit que j’allais rejoindre des copines ce soir, il m’a même offert cette bouteille de Vodka pour la soirée.
-Parrrrfait. Et cette enveloppe ?
-Il m’a dit que c’était une surprise et que je pourrais l’ouvrir après avoir bu cette fameuse bouteille. Mais arrêtons de parler, j’ai envie de toi…

 

Liz sortait avec Blaise depuis un an et demi. C’était un garçon gentil et attentionné, mais il n’avait certainement pas le charisme et la fougue de Matt, qu’elle fréquentait depuis 3 mois déjà.

Blaise avait présenté Matt, son ancien camarade de lycée, à Liz lors de sa dernière soirée d’anniversaire. Elle est tombée immédiatement sous son charme et c’était réciproque. Lors de ladite soirée, ils s’étaient donnés l’un à l’autre alors que Blaise dessaoulait dans un recoin de sa maison.

Cela ne dérangeait pas Matt que Liz reste avec Blaise, il aimait sa liberté. A côté de ça, il pouvait s’adonner à la concupiscence quand il le souhaitait, surtout que sa partenaire était particulièrement douée, sans avoir à gérer la vie de couple avec les restaurants, les « je t’aime » et toutes ces conneries.  Quant à Liz, elle se complaisait dans le confort de sa relation de couple avec Blaise, qu’elle agrémentait de torrides moments avec son merveilleux amant.

 

Liz s’installa sur le siège côté passager et dévissa à la va-vite le bouchon qui retenait le doux nectar. Ils burent directement au goulot de courtes gorgées.

Ensuite Liz, ivre d’excitation enfourcha Matt. Il put s’enivrer de son parfum Hypnotic Poison.  Elle déboutonna sa chemise, qui laissait apparaître son torse et ses abdos, pendant que celui-ci allongeait son siège.

-Tu ne peux vraiment pas attendre ! lui lança-t-il.
-Genre ça te dérange, répondit-elle malicieusement, en défaisant la ceinture qui retenait son pantalon…

 

Après avoir consommé tout leur désir et la bouteille, Liz revint s’asseoir sur le siège passager.

Encore étourdie après son orgasme, elle vit l’enveloppe de Blaise qui trônait sur le dessus du tableau de bord. Alors que Matt fumait sa cigarette, elle l’ouvrit et lut la lettre.

Au fur et à mesure qu’elle déchiffrait les lignes, elle devenait de plus en plus blême et se mit à frémir.

-Qu’est-ce qui se passe ? demanda Matt effrayé.
-Tiens, lis ! dit-elle, d’une voix tremblotante.

Matt agrippa le frêle bout de papier et lut :

« J’espère que la bouteille de vodka était bonne.

Je sais que ça fait des mois que tu me trompes avec Matt. J’aurai dû rompre avec toi dès que je l’ai su, mais je n’ai jamais eu la force…

Aujourd’hui, je n’en peux plus, je meurs à chaque fois que tu le revois. Ma vie n’a plus de sens sans toi. Au moment où tu liras ça, j’aurai déjà quitté cette terre, mais je ne partirai pas seul…

Il y a un mois de ça, j’ai commandé un poison sur Internet. Depuis la chute de Silkroad c’est devenu très difficile, mais pas impossible. Les douanes tahitiennes sont bien trop occupées à chercher de l’ice pour penser qu’on pourrait importer de la mort liquide. Elle était bien dissimilée dans l’ordinateur que je me suis fait livrer.

Avant de te remettre la vodka, j’ai délicatement déposé quelques gouttes à l’aide d’une seringue.
D’après la description du site, vous devriez succomber dans les 3 heures. Il est inutile de contacter l’institut Pasteur, le temps qu’ils vous fassent tous les tests, la vie aura déjà quitté vos corps.

 

Mais comme je ne suis pas un chien, j’ai glissé dans l’enveloppe une seule pilule d’antidote, à vous de décider qui devra la prendre.

Adieu ! »

Après avoir fini de lire, Matt se précipita sur l’enveloppe restée sur le tableau de bord et découvrit qu’elle était vide. Il leva les yeux vers Liz qui pleurait à chaudes larmes en répétant : « Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée ! »
20 minutes plus tard, Matt désespéré, la tête appuyée contre son volant, repassait son existence dans sa tête, tandis que Liz continuait de pleurer sur son siège.

Tac, tac, tac ! Quelqu’un frappait à la vitre de Matt. Ce dernier ne daigna pas relever la tête. Le cognement s’intensifia, et Matt finit par regarder au travers de la vitre, les yeux injectés de sang. C’était Blaise.

Il baissa sa vitre et voulut empoigner le salopard qui l’avait empoisonné, mais il s’était mis à bonne distance. Matt ouvrit sa portière et descendit de la voiture, les poings serrés.

-C’est toi l’amant de ma copine et c’est toi qui es énervé ? questionna Blaise, espiègle.
-Enfoiré ! Donne-moi l’antidote ou je te jure que je vais te crever ! lança-t-il, en s’approchant dangereusement de Blaise, prêt à lui donner la raclée de sa vie.
-Je n’ai pas mis de poison dans cette bouteille. Je voulais simplement te montrer la vraie nature de Liz.

A ce moment, tout l’effroi et la tension qui étaient en Matt s’étaient dissipés en une seconde. Ses jambes lâchèrent et il se retrouva assis à même le sol. Vidé de toute son énergie, il ne pouvait plus bouger.

Blaise se tourna vers Liz qui avait arrêté de pleurer. Il était temps, car elle avait bien versé toutes les larmes de son corps.

« Je t’ai aimée. Je t’ai aimée à en crever. Chaque jour je trouvais une raison de te pardonner. Ton sourire, ta tendresse, tes baisers.
Puis, il y a un mois, J’ai compris que je préférais vivre une souffrance réelle, plutôt qu’un amour virtuel. J’ai compris que tu ne valais pas la peine que je meure pour toi et j’ai imaginé tout ça.
Je t’aime encore, mais c’est comme la vie, ça va passer… »

Avant que Liz ne puisse dire quoi que ce soit, Blaise tourna les talons et disparut dans la nuit. Personne ne le revit jamais.

OmegaPf